Naissance de Philippe – 2009

C’est le mois de janvier. La lune grossit chaque jour un peu plus dans le ciel. Je la regarde souvent car je sens au fond de moi que tu arriveras avec elle. Dans la nuit du 10 au 11, je perds du liquide, je pense à la poche des eaux et je réveille ton papa qui s’empresse de mettre du bois dans le poêle et de ranger toute la maison au cas où tu arriveras cette nuit , mais comme je n’ai pas de contractions, nous décidons de nous recoucher et d’attendre.

Le lendemain (11), jour de pleine lune, je téléphone à Catherine, ma sage-femme, pour lui dire que je pense avoir perdu les eaux, elle m’annonce que je dois partir directement  à la maternité, car si tu n’es plus dans le liquide amniotique depuis cette nuit, tu dois souffrir. Nous partons donc à la maternité, avec nos valises préparées à la hâte. Je pleure sur la route, car j’ai peur que tu n’ailles pas bien, et puis je suis triste de ne pas pouvoir accoucher à la maison. On arrive donc à la maternité où l’on m’examine pour savoir où nous en sommes toi et moi. Ô surprise ! La sage-femme m’annonce que la dilatation commence tout juste (je suis a 1) et que la poche des eaux est intacte. Tout va bien, on peut donc rentrer chez nous. Ouf !

La journée se poursuit donc tranquillement avec quelques contractions très supportables. Puis la nuit tombe. A 3h du matin, j’ai des contractions toutes les 5 min. On appelle Catherine. Elle nous dit de la rappeler quand les contractions deviennent vraiment fortes et que la situation évolue. Ok ! Finalement il ne se passe rien de plus et j’arrive a me rendormir entre 2 contractions encore très supportables. La nuit se passe donc et nous voilà au 12 janvier !

Contractions toutes les 5 min, ça n’évolue pas. Je rappelle quand même Catherine pour lui donner des nouvelles et m’excuser de l’avoir réveillée à 3h du mat pour rien !  Elle me propose de passer la voir au cabinet à 17h pour faire un point, sauf bien-sûr si ça évolue avant.

On passe donc cette journée, ton papa et moi, a calculer les contractions, a marcher dans le pré, et a préparer la maison. Le matin, nous avons vu un magnifique geai des chênes qui est venu se poser devant la fenêtre. Nous l’avons pris comme un signe de ton arrivée !

A 15h, les contractions deviennent vraiment fortes, mais toujours supportables. Puis à 17h, nous voilà partis en direction de Châteaubriant, au cabinet de Catherine. Les contractions dans la voiture sont déjà plus dures à encaisser, c’est assez inconfortable.

Catherine m’examine donc (toujours souriante et positive!), la dilatation a évolué : je suis à 3. Le travail a commencé, c’est pour cette nuit, me dit-elle. (Tu as 9 jours d’avance mon bébé, le terme était le 21) Elle me montra des positions a prendre pour mieux encaisser les contractions, nous conseille de faire un ballade et nous dit : a tout a l’heure ! On l’appelle quand on veut, elle viendra dans le quart d’heure qui suit.

Retour à la maison donc. Et installation : poêle à bois à bloc et petit radiateur dans la chambre, matelat par terre et alèses, ballon d’accouchement, écharpe de portage suspendue sous l’escalier, serviettes de toilette et eau chaude… On est prêt!

Puis la nuit est tombé et je crois qu’à partir de ce moment je suis rentrée dans ma bulle et j’étais déconnectée, ou plutôt connectée à toi seulement mon petit Philippe. Je ne sais même pas ce qu’à fait ton papa pendant ces longues heures ? Je me souviens qu’il me mettait une bouillotte sur les reins parfois, qu’il me serrait fort les mains, ou qu’il me soutenait, me portait lors des contractions de plus en plus violentes; mais c’est juste du ressenti, comme si j’avais eu les eux fermés pendant tout ce temps. Bien-sûr que tont papa était là, et que je sentais sa présence, c’est un moment très fort que nous avons partagé, où son aide et son amour étaient plus que précieux, mais parallèlement je vivais autre chose avec toi, nous faisions notre chemin tous les deux. J’ai le souvenir d’avoir été dans un état de transe très profond.

Ainsi les heures passent sans que je m’en rende compte… Les contractions sont continues maintenant, sans interruption quasiment. J’essaie le plus possible de ne pas leur résister, de me laisser porter par elles, comme les vagues ; mais parfois je hurle de douleur, crie que je vais crever, insulte la Terre entière. Put*** de bor*** de m**** d’enc***…. ! Jamais je n’aurais imaginé une telle violence, une telle douleur… Néanmoins, ce n’est ni de la torture, ni de la souffrance, car à chaque seconde, je pense à toi, mon bébé qui arrive, toi aussi tu fais le chemin et je sais que ce n’est pas facile. Alors tu me donnes  la force de tenir, d’avancer. Nous avançons ensemble.

Je suis tantôt sur le gros ballon, tantot suspendue à l’écharpe s ous l’escalier, tantôt à quatre pattes sur le matelas… (ton papa me dira plus tard qu’il se croyait à un atelier de cirque!) et je te sens poussé, poussé…

A 20h30 je n’en peux plus, je me sens épuisée, j’ai besoin de savoir où on en est. Nico appelle Catherine. A 21h elle est là. Je ne sais pas pourquoi, sa seule présence me fait un bien fou, me redonne un regain d’énergie. Elle m’examine : je suis dilatée à 9 !  Je suis super heureuse et soulagée ! J’avais tellement peur qu’elle me dise que je suis à 5. J’ai fait tout ce travail toute seule ? J’en reviens pas !

ça m’empêche pas de continuer à hurler ! Et puis là, d’un coup, la poche des eaux se perce. (avec l’aide de Catherine) Plaaaaouffff!!! Waaaah quel soulagement ! Y’en a partout sur le canapé (recouvert d’alèse!) Et j’ai l’image de Catherine en face de moi qui m’examine à la lampe frontale ! Ce n’est qu’à ce moment d’ailleurs, que je me suis rendu compte que Nico avait éteint les lumières et mis des bougies.

Puis tout à coup, les contractions reviennent, et là je te sens descendre…

Catherine me parle, tente de me recentrer, je prends conscience de la situation. C’est comme si là, j’ouvrais les yeux, après ces longues heures de travail, et que je me rendais compte que ou, ça y est, c’est imminent, tu arrives, tu seras là bientôt !

Là, mes souvenirs sont beaucoup plus clairs, je suis plus lucide, comme sorti de ma torpeur. Je vois clairement Nico, ton papa, qui est là avec moi, à 100% avec moi ! Je sens son corps qui me soutient, me porte. Je crois que c’était le cas depuis le début, mais je n’en avais pas conscience.

Je suis accroupie maintenant, les jambes très écartées, les talons au sol et Nico est assis derrière moi et me porte. C’est Catherine qui nous à conseillé cette position, et effectivement je me sens bien  dans cette posture. Enfin, jeme sens bien, c’est relatif ! disons que je sens que toi, tu as plus de place pour passer.

(D’ailleurs à aucun moment, je ne me suis allongée, la position sur le dos m’était tout simplement intolérable…)

Maintenant, je sens ta tête qui descend, qui pousse… J’ai l’impression que je vais éclater, me déchirer, que mon corps va se fendre en 2.

Catherien me parle, me dit quand pousser, car maintenant c’est autre chose, oui, il faut pousser, sans respirer, pousser en sentant ses tissus se déchirer, s’écarteler…

Catherien me dit qu’elle voit tes cheveux, que tu es là, que peut-être  en une dernière poussée, tu arrives.

Je suis épuisée, je n’en peux plus…

Il y en aura six ou sept des grandes poussées avant que ta tête ne passe…

Catherine me demande si je veux une épisiotomie, car tu nérrives pas à passer et il ne faut pas que tu sois trop longtemps coincé. Je dis « oui vas y ! coupe ! coupe ! »

Elle coupe, je ne sens rien…

Et la oui, une dernière poussée, avec toutes mes dernières forces, mes derniers espoirs, mes dernières volontés, et oui, je sens ta tête passée, comme un grand soulagement, puis très vite tes épaules, ton petit cops, et Catherine te pose sur mon ventre. (tiens je suis toute nue ? je ne me rapelle pas m’être déshabillée ?)

Je pleure, je pleure et je te serre très fort contre moi mon bébé. Tu sens bon, c’est incroyable cette odeur. Tu es tout propre, tout beau, pas fripé d’un poil.

Nico est toujours derrière moi, je ne le vois pas, mais je le sens ton papa, qui me serre très fort et qui te regarde avec ses yeux de papa tout neuf…

Tu pousses ton premier petit cri. Je regarde le cordon tout bleu, tu es encore relié à moi, puis Catherine tend les ciseaux à Nico qui coupe le cordon. Voilà mon bébé ! tu es né ! Dans cette petit maison, près du poêle à bois, il est 22h35.

Le temps s’arrête, la douleur s’envole, comme si elle n’avais jamais existé ! Je ne sais pas combien de temps nous restons là tous les 3, serrés les uns aux autres…

Puis ton papa te prend dans les bras, emmitouflé dans une serviette bien chaude, et moi, bah j’ai pas encore fini le boulot : reste le placenta à sortir ! je l’avais oublié celui là !

Je me met debout. C’est difficile . Je ne sens plus mon corps. J’ai les jembes qui tremblent. Catherine me dit qu’il faut pousser encore. Sans déconner !? J’ai plus la force là d’un coup, et puis surtout plus la motivation. Mais la Nature est bien faîte, car deux ou trois contactions surviennent et le placenta sort tout seul. Plouf ! Dans le seau ! Ton papa ira l’enterrer dans le jardin demain…

Ensuite, Catherine  me recoud. C’est douloureux, mais c’est eellement rien comparé ) ce que je viens de vivre… Et puis surtout, tu es l), Philippe ! Notre bébé d’Amour !

Pendant que Catherine, me recoud, tu es contre moi, mais tune veux pas têter. Je te regarde, toute émue, tu es magnifique !

Puis Catherine t’examine, te fait faire quelques tests, te pèse, te mesures, vois si tu va bien…

Puis elle remplit les papiers avec Nico et s’en va à 2h du matin.

Et nous voilà tous les trois ! On se couche tout nus dans le lit, tu dors entre nous 2. On te regarde, tout émus, éblouis par la vie… On dort peu je crois, on passe une bonne partie de la nuit  t’admirer !

Ta première nuit… voilà c’est parti ! Tu vis…!

Et pour finir…

Un petite phrase que j’ai trouvé assez juste :

« Une naissance, c’est comme se retrouver au sommet d’une montagne devant un paysage magnifique, après avoir marché des heures… Les femmes qui ont demandé la péridurale y sont monté en hélicoptère… »

Une petite pensée pour toutes les mères, de tous les pays, de toutes les époques…

Merci à toi, Catherine…

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